Jeudi 18 Janvier 2007 - Le jour des justes Jean Richard « Une vie de combattant » |
La guerre | ||
Juin 1940 - Pour la plupart des généraux français, la guerre est perdue et déjà, le gouvernement de Vichy s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat. Pourtant quelques radios françaises branchées sur Radio Londres captent un message d'espoir. En effet, le 18 juin 1940, un général français lance un appel à tous ceux qui veulent défendre un monde libre. Cet appel non enregistré, le Général De Gaulle le répétera le 22 juin 1940 toujours depuis Radio Londres. Il termine son appel par ces mots : « Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas ». Juillet 1940 - Alors que Dunkerque vient de tomber, Churchill comprend également que ses troupes ne reprendront pas pied sur le continent avant longtemps et que le seul combat immédiat possible devient le harcèlement de l'ennemi par des actions de guérilla. Le 19 juillet 1940, il crée le Special Operations Executive (S.O.E.) (Bureau des opérations spéciales) dont le but est de mettre en place dans les pays occupés des groupes de sabotage et de guérilla et de parachuter du matériel de destruction. A la même période, après de multiples évasions, le capitaine Leclerc rejoint l’Angleterre où il rencontre le Général De Gaulle. Celui-ci voit tout de suite en lui un chef exceptionnel. Il le promeut de capitaine à chef d’escadron dès leur première rencontre et lui donne pour mission de rallier l'Afrique Equatoriale Française (AEF) à la France libre. Leclerc repart début Août vers l’Afrique qu’il connait déjà et va rapidement rencontrer le commandant Louis Dio. En quelques mois, toute l’AEF se rallie au Général de Gaulle. La colonne Leclerc qui compte également le capitaine Massu se dirige vers des postes italiens et prend l’oasis de Koufra le 28 février 1941 avec seulement 300 hommes et un canon. Avec ses soldats, le colonel Leclerc y fait le serment de ne pas déposer les armes avant d'avoir vu le drapeau français flotter sur la cathédrale de Strasbourg. En Angleterre, la responsabilité de la section française (section F) du S.O.E. est confiée en novembre 1941 à Maurice Buckmaster. Les parachutages en France ont en fait commencé en mai 1941 mais ce n’est qu’à partir de septembre 1942 qu’ils prennent de l’ampleur. Les agents parachutés recrutent de nombreux agents en France qui dépendent directement des Britanniques tout au long de la guerre. Leur but : constituer des groupes de résistance le long d’une ligne St Malo, Rennes, Châteaubriant, Saint-Nazaire, pour pouvoir, le moment venu, contenir les Allemands en Bretagne. En Afrique, Leclerc poursuit les combats en Libye et participe à la prise de Tunis par les Alliés avec la Force L (L pour Leclerc) au tout début de 1943.
Ce réseau va s'étendre de Saint Malo à Nantes. (Les réseaux du S.O.E. en France portent le nom du Colonel Buckmaster associé à un prénom ou surnom français. Le réseau Oscar-Buckmaster, a le surnom de son chef, le colonel Vallée également appelé « Oscar »). Pendant ce temps, en Angleterre, le général Leclerc équipe sa colonne de matériel américain en prévision de l’offensive finale. Faisant partie de la 3e armée du général Patton, elle devient la Deuxième Division Blindée ou 2ème DB … La Division Leclerc. |
Entrée en Résistance | ||
A cette époque, leur groupe entre en contact avec un réseau baptisé « Marathon Chinchilla » dépendant du Bureau Central de Renseignements et d'Action (B.C.R.A.), sous les ordres du colonel Yves Mindren, lequel est directement rattaché à l'état-major du Général de Gaulle à Londres. D'autres missions suivront :
|
La rencontre |
C'est au début du mois de juillet 1943 que Jean Richard va rencontrer pour la première fois François Vallée dit « Franck » chef du réseau OSCAR-BUCKMASTER. Celui-ci a été parachuté quelques temps avant. Par l'intermédiaire d'amis, le rendez-vous est fixé … dans une vespasienne place de la gare à Rennes. Le contact s'effectue normalement et les deux hommes prennent le train ensemble jusqu'à Martigné-Ferchaud. |
Une organisation | ||
Jean Richard est alors âgé de 21 ans. Il adhère au réseau OSCAR-BUCKMASTER et aura comme contact Mme PROD'HOMME (alias Herminie) et Bernard DUBOIS. Il sera chargé de plusieurs missions délicates et périlleuses (agent de liaison entre différents groupes, rapatriement de parachutistes venus en mission).
Dans le reste de la région, la répartition se fait comme suit :
Avec Jean Richard, le capitaine Vallée va se rendre à Eancé afin de rencontrer l'aviateur. Son rapatriement vers l'Angleterre est organisé ; le pilote est évacué vers le Morbihan...
|
Des résultats |
- Jean Richard et son groupe avaient trouvé une quinzaine de maison, des fermes pour la plupart suffisamment discrètes comme celle d'Angèle Misériaux mais aussi la propre maison de Jean Richard, pour accueillir des personnes en « situation irrégulière » (en particulier des Hindous évadés du camp de Rennes en mai-juin 1943 et plus tard un Russe). - Il organise la cache des réfractaires du STO et fournit de fausses cartes (avec de vrais tampons qu'une jeune fille sort le soir de la mairie de Martigné-Ferchaud et remet en place le lendemain matin). Plus de 2000 jeunes seront ainsi camouflés. - En tout, c'est plus de 150 aviateurs américains et anglais qui seront recueillis et leur rapatriement facilité. Des containers d'armes parachutés seront récupérés. - Envoyés par le radio « Georges », de nombreux messages partiront vers Londres à partir de la maison des parents de Jean Richard où il a installé son poste émetteur. Ce centre d'émission radio du réseau Buckmaster sera d'ailleurs le point de départ du réseau de résistance d'Ille-et-Vilaine. L'appareil sera régulièrement déplacé afin de ne pas être repéré par les stations d'écoute allemandes. La radio sera ainsi déménagé un peu plus loin chez Monsieur Berthel, le percepteur. Il émettra également depuis la maison des demoiselles Créhin, une ancienne institutrice et une ancienne « bonne de curé » qui étaient agents de liaison. Celles-ci, les soirs d'émission, assurent le guet dehors, sans en avoir l'air, en promenant leur chien. Paul Gommeriel hébergé chez Monsieur albert Hamelin, oncle de Jean Richard, agriculteur à l'Ogaudière en Retiers, accueille également « Georges » pour quelques liaisons. Par la suite, toujours dans la nécéssité de déplacer le poste émetteur, « Georges » s'établit à Rennes et c'est Jean Richard qui prend en charge le transport du matériel. Rangé dans une petite valise bleue, il le transportera en prenant la « micheline ». |
Arrestations |
Fin 1943, malgré toutes les précautions exigées par la clandestinité, aidée par certains français stipendiés ou adeptes fanatiques de la collaboration, la Gestapo va durement ébranler le réseau en arrêtant des dizaines de résistants qu’elle déporte, souvent après des interrogatoires musclés. Au cours de la nuit du 8 au 9 octobre 1943, la police de sûreté allemande de Rennes, accompagnée de Feldgendarmes de Châteaubriant, intervient dans le centre de Martigné-Ferchaud pour arrêter plusieurs personnes soupçonnées d’aider les « terroristes ». Les gendarmes sont les premiers visés. Leur sympathie pour l’action des Résistants locaux et leur aide aux réfractaires du S.T.O. (Service du Travail Obligatoire) n’ont pas échappé aux auxiliaires français de la « gestapo » chargés d’infiltrer la branche martignolaise du réseau « Oscar-Buckmaster ». Dans la soirée du 8 octobre, le chef de brigade s’était vigoureusement opposé à l’un de ces sbires suite à l’arrestation de Clément Lebas, réfugié brestois. Vers 23 heures 30, l’immeuble de la brigade de gendarmerie est investi (rue Valaise à l’époque). Les quatre militaires présents, Jean-Baptiste Planchais, Victor Piete, Rogatien Guilemoto, Louis Martin, sont enchaînés et conduits à la prison Jacques Cartier à Rennes avant d’être transférés dans les camps de concentration nazis le 9 mai 1944. Le 9 octobre, traqués par le sinistre François Kaminsky, un français à la solde de la Gestapo, plusieurs membres du groupe seront arrêtés dont le père de Jean Richard, Emile Richard âgé de 57 ans, ancien combattant de 14-18. A chacun de ses interrogatoires, il répondra : « Mon fils et moi, nous sommes français ».
Traqué à nouveau, François Vallée se cache avec son frère Robert, ancien officier de marine devenu son secrétaire, et cherche à regagner Londres au plus vite. Mais, dénoncé aux Allemands, alors qu'il doit prendre un train à la gare de Lyon, il est arrêté par la Gestapo début février 1944, en compagnie de son frère et d'Henri Gaillot. Robert qui sera déporté au camp d'Elrich-Dora où il décède en février 45.
|
Monsieur "Jean" |
Prévenu par un gendarme juste avant les arrestations, Jean Richard a eu le temps de s'échapper en passant par derrière la maison familiale alors que son père restait. Il reçoit le 15 octobre 1943 l'ordre de quitter son centre d'action et de rejoindre l'armée De Gaulle en Angleterre. Avant son départ il participera à un dernier parachutage réussi d'armes et de munitions aux environs de Fercey sous le commandement du Capitaine François Vallée. Une première tentative d’exfiltrage ayant échoué à Martigné Ferchaud du fait de la présence de la Gestapo et de la milice qui le recherchent activement, Jean rejoint Ruffigné (par l'intermédiaire de Bernard Dubois, son ami et chef de la Loire-Inférieure). Il restera 3 à 4 jours chez le maire Alexis Guérif avant d’être conduit, toujours par Bernard Dubois, chez le Général Allard. Jean est ensuite transféré dans la région de Pipriac où il est pris en charge par l'organisation d'Emile Guimard. Raymond Guillard du Roc St André vient avec Emile Guimard et Henri Tanguy le récupérer à Messac avec 4 Américains, Louis Glickman et John Semach (sûr) et très probablement William Cook et Joseph Burkowski. Henri Tanguy conduisait la camionnette des soeurs Mallard de Plumelec.
La dame repartit donc seule. Très mécontent de cette situation, Jean et les américains prirent alors la décision de partir tout de même. Ils furent alors pris en charge par deux gars du secteur, SIMON, huissier à Plumelec et Louis BOULVAY de St-Servan sur Oust.
Dans cette fuite, Jean perdra un (peut-être plusieurs) ami qui, ne voulant rejoindre l'Angleterre, sera arrêté, emprisonné et fusillé à Penthièvre (souvenir d'enfance également rapporté par des amis mais le ou les noms restent inconnus). |
L'évasion à bord du « Breiz Izel » | ||
Ce départ aura été une aventure à haut risque. En effet, ici à Douarnenez, du haut de ses 21 ans, Jean Richard qui « voyage » probablement sous un faux nom est un inconnu. Et un inconnu, ça intrigue... Ca cache peut-être quelque chose... Les passeurs se méfient des « résistants français » qui parfois ont caché des français à la solde de la Gestapo. Ils préfèrent généralement embarquer uniquement des aviateurs et officiers anglais et américains.
Malgré les menaces de représailles car la nouvelle a filtré, les volontaires s'emparent vers 23h00 de la « Jeanne ». Hélas pour eux, ne pouvant mettre le moteur en marche, ils évacuent le bateau et rejoignent le rivage pour être cachés dans des maisons amies. C'est un jeune père de famille, patron pêcheur qui va prendre la responsabilité d'organiser la fuite.
Au total, il semble que 32 hommes soient montés à bord parmi lesquels des résistants français, des chefs de réseaux et des aviateurs US (dont James « Jim » Armstrong, Commandant d’un B17 abattu le 6 septembre 1943) et anglais (Annexe 4).
Photographies prises par Yves Vourc'h lors de l'arrivée du Breiz Izel en Angleterre.
|
L’Angleterre et la Deuxième DB | ||||||
Les évadés sont parvenus à bon port à Falmouth. Après un repas au porridge, ils se sont levés à 8 heures et ont pris le train pour Londres. Là, ils débarquent dans l'univers clos de la « Royal Victoria Patriotic School » où ils seront interrogés sur tous les sujets possibles.
Après ce « filtrage », Jean Richard est engagé volontaire le 24 janvier 1944 au titre du 4ème Bataillon d'Infanterie de l'air à Auclunleck, en Ecosse. Ne pouvant rester dans les parachutistes, sa tête étant mise à prix en France, il est muté en avril au Camp de Camberlay puis est affecté à l'Etat-Major du Général Koenig à Londres. Il y reste jusqu'en juillet 1944, date à laquelle il rejoint le Bataillon de Renfort de la Deuxième Division Blindée, une unité exceptionnelle commandée par un officier hors du commun, le Général Leclerc. Il est affecté plus précisément au 1er Régiment de Marche du Tchad (RMT), le bataillon commandé par le colonel Dio. Ce régiment glorieux est né d'un pari audacieux fait le 2 mars 1941 à Koufra, en Lybie, par le colonel LECLERC: « Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg ».
Après trois années,
Au sein de cette glorieuse 2ème DB, Jean Richard gagnera la Croix de Guerre et plusieurs citations.
Lettres du Soldat Jean Richard (US Army) à sa famille :
Son retour au pays en 1945 sera de courte durée. Déjà largement « décoré » : croix de guerre avec palme, médaille d'évasion, médaille interalliée, médaille de l'armée gaulliste, médaille des combattants volontaires, Fourragère de la libération, il refuse d'être démobilisé. Tenant à suivre son chef jusqu'au bout, il rejoint rapidement la Division Leclerc qui va représenter la France en Indochine dans une dernière campagne avant la reddition du Japon. Il intègre le 4ème RMT du Lieutenant colonel Massu qui participera à la libération de Hanoï en Mars 1946; son chef direct sera un certain « Raymond Dronne ». Cette mission durera du 20.10.1945 au 07.10.1946. Dernière lettre de Jean Richard à sa chère maman avant son départ pour l'Indochine : (A son départ pour l'Extrême-Orient, il vient de recevoir la plus haute distinction de l'armée américaine : la Presidential Unit Decoration.)
« Un mot ... voici ma nouvelle adresse ... Je pars cette nuit. Surtout ne vous affectez pas. Fidèle à la parole donnée à De Gaulle, il est de notre devoir d'aller partout ou les intérêts français sont en jeu. Les troubles déjà éclatent en Indochine, joyau de notre empire. La deuxième division blindée montrera une fois de plus sa grande valeur au combat. Nous restituerons à la Patrie une belle colonie ; ensuite, notre mission terminée, nous reviendrons au pays natal. » Maria Richard décède durant le second trimestre de 1947.
A l'initiative de Maria Richard, membre de la Résistance, et avec l'aide de mademoiselle Créhin, un monument sera érigé à Martigné-Ferchaud début Janvier 1950, à la mémoire de Madame Angèle Misériaux et des cinquante camarades morts ou disparus en déportation. Le discours d'inauguration de Pierre Morel se termina sur ces mots : « Mesdames et Messieurs, rappelez vous toujours que ce monument perpétue le souvenir d'un officier allié et de Français qui n'ont pas hésité à faire le sacrifice de leur vie pour que nous soyons libres. »
Rapatrié, Jean Richard sera muté en 1958 et quittera l'infanterie de Marine - 43e B.I.C (10e R.M.) pour rejoindre l'infanterie métropolitaine - 7e R.I. (10e R.M.) Renforts Provisoires - Garnison de Rattachement - Toulouse (5e R.M.).
Jean (en blanc) et ses copains dont Robert Saindon à la pèche. |
Légion d'Honneur | ||||
Grâce à ses anciens et à ses nouveaux compagnons, Jean Renaud, Angèle et Marcel Misériaux, Melles Créhin, Pierre Morel, Daniel Jolys, Bernadette Poiraud, Yannick Letourneurs du Val et tous les anciens de la 2ème DB de la Mayenne, grâce aussi à tous ses anciens amis de Martigné-Ferchaud et aux « nouveaux » du canton de Grez-en-Bouère, sa mémoire restera ancrée en nous ... et l'Histoire prend forme. « ... Je vous quitte, mais je ne quitterai pas l'insigne de notre division, je le conserverai car ce sera ma plus belle décoration ... »
14 Mai 2007 - Moins de 4 mois ce sont écoulés - Ma mère très affaiblie par la maladie et la disparition de mon père le rejoint.
|
« Publication sous licence GNU de documentation libre » Yann Richard |
Remerciements |
Mon père ayant toujours été très secret sur ces dures années de guerre qui l'on beaucoup marqué (mort dramatique d'amis (l'un d'eux fut fusillé à Penthièvre) mais surtout de son père en camp de concentration, décès de sa mère peu de temps après la guerre), je ne disposais que d'informations éparses sur sa vie militaire. A ma grande surprise, certains amis de longue date, camarades de la 2ème DB ne connaissaient qu'imparfaitement son passé de résistant. Je remercie tout particulièrement Madame Bernadette Poiraud qui m'a fait connaitre l'ouvrage collectif de La Mée, Monsieur Pierre Morel, résistant et ancien compagnon de mon père, Monsieur Daniel Jolys et Monsieur Raymond Guillard pour les renseignements, transcriptions et bibliographies qu'ils m'ont fourni. Merci enfin à toute personne se souvenant de mon père et qui pourra me fournir des renseignements et/ou des photos de mon père en Bretagne, en Angleterre, en Indochine ou en Algérie. E-mail : y-richard@wanadoo.fr |